Let go (La seconde saison)

Abandonnez.
Laissez tomber.
Baissez les bras.

Vous n'êtes pas de taille. Cette vie vous a bouffé. Vous tentez de vous sentir unique, exclusif, original mais vous ne faites que vomir les goûts qu'on vous offre, auxquels on vous oblige. Vous n'avez pas le choix, vous pensez combattre contre le courant, mais vous avez déjà été régurgités. Vous écoutez les mêmes radios, la même musique et si vous avez découvert ce petit groupe que vous pensez être le seul à connaître, ce n'est que parce que leur équipe commerciale, ou celle de MySpace, Facebook, ou qui sais-je encore, à bien fait son boulot.

C'est comme ça. Aussi rebelle êtes-vous, vous n'êtes qu'un rouage d'un système. Le système aime beaucoup les rebelles, car il a toujours besoin de quelque chose à ingurgiter, à normaliser, pour continuer à faire que ça ne se voit pas. Alors quand vous, vous continuez à penser que votre frange de travers fait de vous un flocon de neige unique et merveilleux, vous ne faites que crédibiliser la sortie du dernier Goth To Be de L'Oréal.

On normalise vos goûts musicaux, littéraires, cinématographiques, on vous met même de grandes pancartes. Regarde le groupe là bas ! C'est des jeunes en colère ! Notre équipe de winners a mis beaucoup de travail en œuvre pour les faire paraître les plus anticonformistes possible, mais pas trop non plus, on est dans un monde rangé maintenant, c'est plus l'heure des Sex Pistols. Alors vas-y, petit gogoth rebel, aime ça, met toi en plein la pense.

Regarde ce faux film fait par des rebelles qui comptent juste se retaper le coup du Projet Blair Witch pour être pêtés de thunes. Lis ce livre écrit par un faux engagé qui passe sa dure vie entre son appart du Marais et le café de Flore. Et petit à petit, on gomme les aspérités. On gomme ? Je veux dire on rabote. Dès la maternelle désormais, on encadre les comportements qui sortent du moule. Vous entendez originaux, ils pensent jeunes délinquants.

Alors on déprime, on se laisse prendre en tenaille. C'est déjà foutu. A quoi ça sert de se battre ? On va de l'avant, on crie, on manifeste, on y croit de tout son cœur et mais on finit toujours en minorité. Aux élections, on vote, on fait confiance, à chaque fois on se fait avoir, connement, et ça finit toujours pareil. Votre compte en banque est dans le rouge de cinq milliards, votre pouvoir d'achat au plus bas, votre travail de plus en plus dur et de moins en moins stable mais ne pleure pas, petit peuple, regarde, Nicolas a épousé Carla ! Et l'avenir ne s'annonce pas plus rose, bien au contraire, ni pour vous, ni pour ceux que vous aimez.

On ne sera jamais assez à nous battre. Ils ont tout. Ils sont trop forts. On sera toujours le con d'un autre. Tous.

Alors, sautez. Appuyez sur cette détente. Laissez les tous derrière. Tout le monde vous oubliera, de toute façon.

Si vous croyez que tout cela est définitivement figé et inchangeable, si vous avez perdu tout espoir en l'humain, foutez le camp. Mais si ce post vous a un tant soit peu révolté, vous pouvez continuer la lecture. Bienvenue dans la saison 2, d'après une histoire vraie.

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1 commentaires pour "Let go (La seconde saison)"

  1. Nalar : Goth to be... Or not?

    17/02/2008, at 01:06 [ Répondre ]

    Couleur bleutée, police blanche, pourquoi ce blog m'attire tant alors que je ne vois pas plus d'intérêt que ça à ce phénomène de l’étrange planète Net?
    Réponse : (non, je ne vous ferais pas retourner l'écran): parce que ça sonne vrai, un peu comme la banane jaune du Velvet. Bien sur, cela ne veut pas dire que cette écriture soit dénuée d’habillement, bien au contraire. Il y a ce cynisme, ce désabusement lucide sur une situation donnée et le mot qui va faire l’ambiguïté entre drame et comique. Et c’est comme ça dans la vie, du grand art. En attendant, je repars jouer à chat avec le dit rabot…

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