La journée vennait de commencer, et toujours le même rituel. Il baissait les volets de son bureau, décrochait le téléphone, et allumait son ordinateur. Le même répertoire qu'il ouvrait. La première photo s'affichait sur l'écran et lui tordait le coeur, toujours de la même façon. On pourrait se demander pourquoi un homme se fait autant de mal à revenir toujours aux choses passées. C'est oublier que ce mal s'accompagne de l'immense bien de revivre un peu de ces instants, juste une seconde.
Elle était là, elle lui souriait. Ils étaient là. Ils étaient encore ensemble à ce moment, et c'est tout ce qu'il lui restait pour revivre ces heures, ces jours, ces mois où elle avait été son autre moitiée. Même plus que ça, son double, ses forces. Il appuyait presque mécaniquement sur les flèches. Il connaissait ses images par coeur, il pouvait les dessiner une par une. Elle dans un bain de soleil avec un large sourire. Elle paressant dans les draps, avec ses airs de chats emitoufflé. Elle court vétue, qui avait pris des photos pour l'émoustiller. Elle qui joue comme une gamine. Toujours elle.
Et le coeur qui se serre et se dessert, et lui qui souffre, toujours autant, mais il ne peux pas s'en empêcher. Rien ne remplace ce genre de choses, rien ne compense tout à fait le vide que crée un tel manque. Alors il faut le combler un peu, prendre une dose de sevrage. Les yeux s'embuent. L'incompréhension. Le sentiment d'abandon, de solitude. Et la secrétaire qui rentre subitement, un peu confuse.
"- Monsieur le président... Le conseil de sécuritée vous attends."
Long soupir. Fermer les yeux. Redevenir professionnel, carnasier.
Même les méchants ont des sentiments
[ D'après une histoire vraie ] 02 Mai, 2008 23:35 - (7 lectures)
La journée vennait de commencer, et toujours le même rituel. Il baissait les volets de son bureau, décrochait le téléphone, et allumait son ordinateur. Le même répertoire qu'il ouvrait. La première photo s'affichait sur l'écran et lui tordait le coeur, toujours de la même façon. On pourrait se demander pourquoi un homme se fait autant de mal à revenir toujours aux choses passées. C'est oublier que ce mal s'accompagne de l'immense bien de revivre un peu de ces instants, juste une seconde.
Elle était là, elle lui souriait. Ils étaient là. Ils étaient encore ensemble à ce moment, et c'est tout ce qu'il lui restait pour revivre ces heures, ces jours, ces mois où elle avait été son autre moitiée. Même plus que ça, son double, ses forces. Il appuyait presque mécaniquement sur les flèches. Il connaissait ses images par coeur, il pouvait les dessiner une par une. Elle dans un bain de soleil avec un large sourire. Elle paressant dans les draps, avec ses airs de chats emitoufflé. Elle court vétue, qui avait pris des photos pour l'émoustiller. Elle qui joue comme une gamine. Toujours elle.
Et le coeur qui se serre et se dessert, et lui qui souffre, toujours autant, mais il ne peux pas s'en empêcher. Rien ne remplace ce genre de choses, rien ne compense tout à fait le vide que crée un tel manque. Alors il faut le combler un peu, prendre une dose de sevrage. Les yeux s'embuent. L'incompréhension. Le sentiment d'abandon, de solitude. Et la secrétaire qui rentre subitement, un peu confuse.
"- Monsieur le président... Le conseil de sécuritée vous attends."
Long soupir. Fermer les yeux. Redevenir professionnel, carnasier.
"J'arrive."
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