Soudaine montée d'adrénaline dans l'éloge (ou "Encore un tonnerre d'applaudissement pour les gens de Nancy et proche banlieue, parce que je ne crois pas qu'ils aient bien entendu au fond des appartements de Laxou")

Ca faisait cinq bonnes minutes maintenant qu'il fixait ce verre d'eau comme si il comptait y percer le sens de la vie. Une manière comme une autre d'oublier les débordements ambiants. Le meilleur ami alcoolique du mari se pencha sur son épaule et lui fit, un peu inquiet, "ça va ?". "Oui, t'en fait pas", lui répons l'amant dans le placard d'une voix un peu désincarnée. L'appréhension avait fini de s'installer depuis longtemps. Une lourde chape semblait plomber l'ambiance dans l'assistance, peser sur chacune des tête. Pourtant, chaque geste avait été répété cinquante fois, chaque ligne de texte cinq cent.

C'est toujours le premier geste le plus tétanisant. Les orteils se posent sur le bois, la bouche s'entrouvre, la voix sort. Les premiers mots. Lancer le train, ou tout du moins le rejoindre, ne pas le freiner. Le meilleur moment, c'est juste avant. La seconde avant. Cette sensation de se jeter du cent trentième étage d'un building. Oh, il y a toujours une petite part de soi qui vous donne des envies de se volatiliser, qui aurait envie d'être autre part, à l'abri. Mais une fois que vous y avez goûté, tout votre corps ne devient plus qu'une ombre jusqu'au moment du fix suivant, de la prochaine dose.

Soudain, l'univers semble s'assembler devant vos yeux. Et vous y avez votre place. Vous donnez de la joie, du bonheur à ceux qui vous épient, vous les faites rire, frissonner, vous avez l'impression de connaitre la formule magique de la vie et de la partager jalousement. Bien sûr, la concentration doit rester permanente. Bien sûr, vous êtes toujours à marcher sur un fil, à un doigt que cette soirée devienne un des plus mauvais souvenirs de votre vie. Mais si vous arrivez à marcher tout le long...

La satisfaction qui en découle est indescriptible. Les secondes de victoires passent et votre âme s'emplit de toute la force des yeux en face de vous. Vous êtes ces centaines, les yeux, les âmes, les cœurs de ces centaines. Vous les habitez. Si vous arrivez à les captiver, à les tenir en haleine, vous devenez le charmeur de leurs langues de vipères. L'impression de toute puissance de ces moments à quelque chose de terrifiant. Beaucoup d'âme se consument si elles laissent ce flux aller à leur égo. Elles deviennent dictatoriales, consciente de leur pouvoir sur l'humanité en oubliant qu'il n'existe que quelques soirs dans l'année. Le reste du temps, on est rien.

Pour un de ceux là, il y a dix de ceux qui savent le laisser aller à leur âme, qui s'en nourrissent pour en faire leur force, pour jouer les magiciens et faire apparaitre l'illusion devant leurs yeux. Ceci n'est plus une fiction. Ceci n'est plus un combat. C'est un jeu de poker où vous avez un as et quatre joker en main. Tout deviens presque trop facile, et vous prenez un malin plaisir à les balader à la baguette, tout en sachant au fond de votre âme qu'il faut savourer chaque seconde de cette expérience, car quand le charme se brisera, quand le carrosse redeviendra citrouille, vous n'aller qu'attendre la fois suivante. Exténué, à bout de force, le cœur atteignant la dernière de ses limites, mais bordel.

Une fois que vous l'avez fait une fois, que vous vous savez capable de le faire, cette partie de votre âme sait que vous êtes le roi du monde. Mais il reste toujours une frontière encore savoir faire et faire, surtout quand c'est devant 500 personnes et que le travail d'un an de toute une troupe en dépends.

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